mardi 13 juillet 2010

Le crwoissant

Ce matin, j'ai encore fait une boulette a.m./p.m. avec mon réveil et j'ai donc rushé au labo sans petit déjeuner, sur les coups de 9h30 (a.m. quand même, quand même). Je suis donc passé prendre un petit truc à grailler dans la cafétéria de mon building. Et je vois un truc qui ressemble à un croissant. Et puis y'a écrit "croissant" devant. Bien sûr je ne savais pas que c'était un crwoissant (hé oui ils comprennent pas si on prononce comme il faut "croissant") à ce moment, je pensais juste retrouver une viennoiserie familière. Je demande donc un expresso bien serré (seul moyen d'avoir un café à peu près opaque dans ce pays) et un "crwoissant" donc.

Et là, la serveuse me pose une question. C'est marrant, dans ces moments où on me pose une question que je n'attends absolument pas, mon cerveau zappe entièrement la phrase. C'est comme si on m'avait balancé de l'araméen. Je demande de répéter. Ce que j'entends n'a pas de sens. Aussi je redemande de répéter, et comme je me dis que je dois passer pour un gogol : bam la parade ultime, je prends un accent français à couper au couteau. Et là, la nana articule un peu plus, ce qui confirme ce que je croyais entendre "Plain crwoissant or chocolate crwoissant ?" (trad : Crwoissant nature ou crwoissant au chocolat ?).

"OUOH OUOH OUOH !!!!!" fait le frenchie dans sa tête. Comment donc un croissant, même un crwoissant, peut-il être au chocolat ?! Hérésie !!! Que n'avais-je donc emporté ma rapière pour châtier ces impudents coquins de travestir un si beau mets* ! Le croissant est soit nature, soit au beurre, ce dernier qualificatif signifiant alors qu'il est dangereux pour la santé à long terme, mais qu'il en vaut vachement plus la peine. Je reste donc planté là à n'oser dire grand chose pendant quelques secondes. C'est très très très très très long, je vous garantis. Pourquoi ne dis-je rien ? Parce que voilà l'image qui trotte dans ma tête :

Un croissant "nature" tel que le conçoit un Espagnol. 2,4 points taurins sur l'échelle de Daste.
(Photo prise en Espagne en 2008, par Thomas. Au passage ils avaient gagnés la Coupe d'Europe... héhé)

Et je suis en train d'évaluer si le fameux "plain crwoissant" n'est pas finalement qu'une dénomination faite pour tromper le Français naïf, et désignant en faite une patisserie aussi légère qu'une motte de beurre trempée dans la chantilly. Car je ne vois pas le crwoissant de face, mais de dos et sur un angle fermé, qui sait s'il ne déborde pas de crème ou, pire, de beurre de cacahuète au nutella** de l'autre côté !!! Piégé par la gourmandise et le mal du pays réunis, je dois faire un choix à présent car passer pour le débile de service ne reste sympa qu'un temps.

J'opte pour le "plain". On me le donne dans du "waxed paper" (papier huilé, truc que je connaissais pas avant de venir ici : étrange, américain), papier opaque, m'empêchant de voir à travers si mes pires craintes sont fondées. Je m'éloigne avec ma pitance. Revenu à mon bureau, je soulève lentement le papier, comme si cette chose aurait pu m'attaquer. Pas d'étrangeté en vue. Si ce n'est que le croissant n'en a pas la forme, plutôt celle d'une sorte de donut massif, boursoufflé et plus épais d'un côté que de l'autre (version mathématique : un tore bien gras auquel on applique une homothétie de rapport k = cos(thêta/4) + 0,5, thêta l'angle polaire) . Sous la boursouflure, justement, j'imagine les pires horreurs. Je pèse la bestiole : s'il y a quelque chose de caché à l'intérieur, y'en a pas beaucoup, ou alors ça vient d'un autre monde. J'appuie un peu dessus pour tester la consistance. J'aurais tellement aimé avoir un sismomètre de Mimoun à ce moment ! Mon voisin de bureau, un certain Mac -- son vrai prénom c'est Cooper, mais c'est pas grave -- Mac donc me voyant m'agiter devant mon crwoissant s'inquiète quelque peu pour ma santé mentale. Le garçon est prévenant :

- You sure you okay Simon ?
[T'es sûre que tout va bien Simon ?]
- I dunno...
[Chais pas.]
- You know this is to be eaten right, not so much looked at ?
[Tu sais, c'est censé se manger, hein, pas se regarder ?]
- Ahah, THAT... is what they want me to think !
[Ahah, ça... c'est qu'ils veulent que je pense !]

Ne vous inquiétez pas, Mac est habitué à ce que je fasse le con, aussi nous nous sommes bien marrés. Après lui avoir expliqué pourquoi j'observais ce crwoissant avec interrogation, je conclue qu'il va bien falloir que le mange, après tout. Mais j'hésitais... Intriguant, à quel point j'avais envie que ce crwoissant ait vraiment un goût de croissant, même approché. Peut-être un petit mal du pays insidieusement établi -- et bien à l'insu de mon plein gré -- après un mois de vie américaine ?

Le cwroissant... était un très bon croissant. Il n'en avait pas la tête, pas tellement la texture, mais en avait exactement le goût. Et cela m'a fait très plaisir ! D'ailleurs, il était au beurre.

* apparemment ce mot est invariable, j'en apprendrai décidément toujours ! Et on s'étonne que plus personne sache parler cette langue... ahem.
** oui ça existe...

dimanche 11 juillet 2010

As high as a flag on a 4th of July

[aussi haut/joyeux qu'un drapeau lors du 4 Juillet]

Il est temps de conter mon 4 Juillet boulderien. Qui ici était, pour l'occasion, appelé Ralphie's 4th of July Blast (littéralement l'explosion du 4 Juillet de Ralphie mais que l'on pourrait plutôt traduire par Le 4 Juillet bat son plein avec Ralphie). Et bien ils ne croyaient pas si bien dire les organisateurs, parce qu'on a vraiment eu droit à Ralphie's 4th of July Thunderblast... Mais d'abord regardez plutôt ce à quoi on s'attendait : un independence day de folie !

Bon, maintenant que vous avez vu à quels points ça pouvait être cool -- attendez, il devait quand même y avoir des clowns et un bison devait arpenter le terrain au galop ! -- il est temps de revenir sur Terre, grâce à Murphy, là encore... Sans plus attendre voici donc, comme il vous plaira, cette fête d'une nuit d'été, où nous partîmes trois mille; mais où par un prompt orage nous nous vîmes cinq cents en arrivant au stade à la nage (et ça rime en plus...). Beaucoup de bruit pour rien ? Ne vous inquiétez point, car tout est bien qui finit bien.*

American Shakespeare is american.
(c'est le festival de Shakespeare à Boulder en Juillet, aussi je me sens un peu théatreux...)

4 Juillet 7:30 p.m.. Au passage, c'est une vraie habitude à prendre que de ne jamais écrire des heures au delà de 12. Voir sur ma pendule écrit 9:42 actuellement, ça me fait très bizarre, je n'interprète pas tout de suite. Heureusement, mon PC lui est bien franchouillard et me réconcilie régulièrement avec le temps qui passe. Ce qui n'est pas le cas de mon radio-réveil, bien américain. Après m'être demandé 3 fois pourquoi mon réveil n'avait pas sonné le matin et pourquoi la radio s'allumait d'elle même vers 19h, je me suis décidé à prendre plus au sérieux son indicateur a.m. p.m.. Anyway...

4 Juillet 7:30 p.m. donc. Je sors pour prendre mon vélo. J'hésite un instant à prendre mon manteau en cuir bien épais. Mais les nuages font un peu la gueule, et bien que les prévisions météo -- à ce moment ! -- soient bonnes, je me dis : mieux vaut s'embarrasser que mourir de froid. Nous verrons par la suite que ce jugement était hautement judicieux. Je vélote donc jusqu'au stade que vous avez pu voir sur la vidéo. On s'entasse à l'entrée, l'arrivée de la "limousine" du héros de la soirée (Ralphie the buffalo) provoque presque une émeute. Nous rentrons finalement dans le stade. La foule est en délire.

 La limousine de la star du soir, Ralphie le bison.

Et, précisément au moment où nous passons les grilles du stade, je dis bien précisément, c'est à dire à la dizaine de secondes près, la pluie commence à tomber. Je connais bien la pluie de Boulder. Si si. Y'a un côté toulousain dans le genre "binaire" : soit il pleut pas, soit on te vide une baignoire sur la tête (ou "des chats et des chiens" comme ils disent). Mais l'autre problème de la pluie à Boulder, c'est son côté "durable", à l'instar du développement de la ville d'ailleurs. Les courageux pénètrent dans le stade pour s'installer pendant 1 petite minute avant de se rendre à la raison et de revenir se tasser à l'abri. La foule est nettement moins en délire, et c'est là où beaucoup d'américains commencèrent à regretter d'être venu (comme partout) en short. D'ailleurs, je me demande si les pantalons existent dans cette société ! J'en ai vu dans les magasins, mais je me demande si c'est pas des leurres...

"Eh bien... nous sommes... en direct... à Boulder... où il pleut... de la... choucroute..."

Mais la pluie finit par se calmer. Après une bonne heure d'attente en fait, on a même l'impression qu'elle ne tombe plus. Sortir quelques secondes à l'air libre fait alors se rendre compte qu'il pleut toujours, mais ça ressemble plus à du crachin qu'à autre chose. Avec quelques éclairs dans le ciel, et des roulements de tonnerre lointains. On - les courageux mais pas les suicidaires du début - se dit qu'on va pouvoir s'installer, mais on se fait promptement rembarrer par des policiers. L'un d'eux nous explique : "I know CPR but I don't know nothing about saving lightning-barbecued people" [en corrigeant la faute de double-négation : Je peux réanimer quelqu'un mais je ne sais rien faire pour les gens transformés en barbecue par la foudre]. En gros, le stade a des bancs entièrement en métal, a des structures en métal un peu partout, et est placé en haut d'une colline. Ils ont donc peut-être pas tort de nous laisser au chaud plutôt que de nous exposer à une électrocution générale. Nous attendons... encore... heureusement le panneau d'affichage fait de l'humour et nous pousse à chanter "Rain rain, go away, come again another day", et même si ce n'est plus vraiment la pluie qui gène, ça donne au moins quelque chose à faire...

La panneau d'affichage diffuse parfois des messages cocasses.

"Beuarh... it's okay now !" On peut finalement entrer dans le stade. Mais beaucoup ont déserté, à cause de la pluie, et la foule est bien maigre dans Folsom Field. D'où ma citation "cidesque" de ce début de post. D'ailleurs, sachez que prendre n'importe quel mot américain et lui rajouter "esque" à la fin, fait très classe. Normal ça fait français... Revenons à nos bisons. Le spectacle sera malheureusement écourté. On chante deux chansons, puis vient l'hymne national américain (ici pour les paroles). A la guitare (?!). Malheureusement pas celle de Jimmy (...). Au passage, vous pourrez voir à quoi ressemble le stade d'une Université américaine. C'est pas juste trois gradins et deux chaises en plastique... Voir la vidéo.

Après ce moment patriotique, le feu d'artifice commença. Promettant plus de 4000 fusées, ça devait envoyer du pâté, comme on dit dans le jargon supaérien, et ça l'a envoyé. Je ne peux malheureusement pas partager avec vous ce moment d'émotion, qui dura une bonne demi-heure, mais c'était assez awesome. Voilà une photo, quand même, pour le geste... C'est censé être le drapeau américain. Disons que ça aide d'avoir de l'imagination, un peu comme pour les constellations quoi... Ou alors c'est juste la roquette bleue qu'a un peu trop dévié sur la droite, qui sait ?

 The Star-Spangled Banner ou encore The Stars & Stripes, version feu d'artifice.

Et le final a été très américain. J'entends par là que ça c'est mis à péter dans tous les coins comme pas possible. Généralement un final de feu d'artifice offre un beau final. Mais là, il y avait tellement d'explosions par seconde, qu'à la place d'une multitude d'explosions l'on pouvait entendre une note très grave, très puissante et continue (grâce à l'enveloppe résultante du signal de toutes ces explosions). Ce fait prouvant par là même, qu'il y avait donc plus de 30 explosions par secondes (car 30 Hz est le seuil de mon audition dans les graves). A ceux qui ne sont pas d'accord je réponds ainsi :

[trad : "Ce chat pousse une pastèque hors d'un lac. Votre argument est invalide"]
[Explication : mème internet célèbre, parti du fait que certaines discussions internet se limitaient à des affrontements de "Ton argument est invalide" suivis d'explications qui ne tenaient pas la route, empreintes de mauvaise foi. Ainsi, chaque image relativement débile peut-être sur-titrée de cette manière : Description - "Your argument is invalid". Les plus célèbres sont le Watermelon Cat, le Sea Horse et le Nicholas Cage Bird Hair (please google them !). Les opposer à un "adversaire" peut servir à lui montrer qu'il est de mauvaise foi ou simplement à détendre l'atmosphère.]

Et voilà, ce fut le 4 Juillet à Boulder. La plupart des gens, trempés, renoncèrent à festoyer et rentrèrent chez eux, un peu tristes mais les yeux pleins du joli feu d'artifice qu'on avait eu. J'ai un très très très grand regret, nevertheless. C'est de ne pas avoir pu voir Ralphie courir comme une petite folle sur la pelouse de Folsom... Mais je sais que je la verrai bientôt... Car c'est une fille, et la 5ème de sa lignée. Si son histoire vous intéresse, documentaire en anglais sur la mascotte de CU. Donc je la verrai en tout cas bientôt, à la rentrée, qui aura lieu dans 1 mois et quelques jours maintenant. Rentrée qui fera vivre un peu Boulder, car pour l'instant, y'a un petit côté Le Fléau à la ville (que ne comprends-je Stephen King d'avoir choisi cette ville ^^).

mercredi 7 juillet 2010

Le Colorado inondé : Strasbourg déjà sous les eaux

Voilà un étrange message qui vient d'apparaitre sur mon écran de télévision. Je regardais tranquillement un nouvel épisode de Warehouse 13, et LEGALEMENT (je vois pas pourquoi je dis ça remarque...), quand tout à coup, l'image se brouille, remplacée par un écran noir striée de deux lignes blanches horizontales et le classique bruit de la mire. Durant quelques instants, je m'attends presque à entendre un "Bonjour M. Tardivel" mais non...

Par dessus le bip bien énervant de cette mire, un télétexte bien pixellisé - genre la télé en mode sans-échec quoi - m'avertit que l'Etat du Colorado va bientôt sombrer sous le déluge de Dieu. En effet, il va y avoir crue, et ce jusqu'à ce soir si j'ai bien compris. Bon, j'habite au 4ème étage, je pense que toute l'eau des glacier des Rocheuses ne suffirait pas pour me mouiller les pieds.

Mais ce qui fut très marrant, c'est l'annonce audio qui s'en est ensuivie. Je sais pas si c'est moi, ou si c'est la situation extrêmement stressante qui donnait cette impression, mais on aurait dit que l'homme qui avait enregistré ce speech était tenaillé d'une peur certaine. Je gage que c'était peut-être juste le stress du météorologue de garde qui s'est dit qu'il parlait à un Etat américain tout entier. Ou alors, l'inondation est là encore due à Cthulhu, et dans ce cas, je partage la crainte bien fondée de cet homme.

You, sir, are a c...ultist.
(trad image: "Cthulhu Président, pourquoi voter pour le moindre mal ?")


Mais tiens, tant qu'on parle de la pieuvre, un phénomène inexpliqué s'est produit chez moi hier soir. Je réside dans un Etat sec, qui serait aride même si quelques pluies diluviennes ne venaient verdir la région, avec toujours comme vous le savez toujours sur des timings murphyesques (mon arrivée, le soir du 4 Juillet (billet incoming), etc.). Bref. Je rentre chez moi, en mode blond, j'enlève mes chaussures, m'assois à ma table et je mets les pieds dans une flaque d'eau... Plusieurs hypothèses me viennent à l'esprit parmi lesquelles : "Mais qui est donc allé prendre une douche chez moi pendant que j'étais pas là ?". Mais comme il n'y a aucune trace de lutte avec le pommeau maléfique dans la salle de bain, j'écarte l'hypothèse. J'éponge tout, regarde s'il y a des fuites, au plafond, au plancher : rien. Les fenêtres étaient ouvertes mais le soleil avait brillé comme pas possible, et surtout la flaque était située au milieu de la pièce. Je n'ai pas résolu cette énigme, si quelqu'un a une idée sur la génération spontanée d'eau, qu'il en fasse donc part !

Revenons cependant à cette annonce audio. Comme je ne me souciais pas trop de cette histoire, j'en ai profité pour ranger ma vaisselle et ronger mon frein de louper quelques minutes de Warehouse 13. Surtout que c'est légal... alors on peut pas rembobiner... damned c'est dur ! Et à cette instant mon oreille, qui arrive maintenant à capter et traduire en automatique (et non à grand renfort d'effort de concentration) la langue de Shakespeare, saisit l'information suivante : "A massiv flooding starting from Strasbourg down to Denver" [trad: Une importante inondation, qui s'étend de Strasbourg à Denver].

Alors là je vous dis que je me suis mis à écouter, parce que pour tout noyer depuis l'est de la France jusqu'au milieu du Colorado, fallait faire fondre un sacré paquet de glaçons. 2012 serait-il pour 2010 ? Je vous laisse cependant découvrir la belle ville de Strasbourg... au Colorado, c'est ici.

Cela a finit par répondre, indirectement, à cette question latente qui me tarabustait depuis mon arrivée. Tous les manuels des objets qu'on achète, tous les "modes d'emploi" ou "liste des ingrédients" des produits qu'on achète ici sont rédigés en 3 langues : anglais, espagnol... et français. Souvent la traduction française (toujours à mourir de rire d'ailleurs, je prépare une compil des meilleurs) existe quand l'espagnol n'est même pas présent ! Ça vous intrigue aussi ? Laissez donc Wikipédia vous éclairer avec la fameuse Vente de la Louisiane. Ahlala... quel dommage...

Mon Dieu, les sirènes retentissent déjà... la fin est proche...

Merci à Enguerran pour cette suggestion d'illustration tout à fait appropriée !
[Trad: "J'ai vu la fin... personne n'était épargné, même pas les enfants !"]

mercredi 30 juin 2010

L'appel du pommeau de douche

Le titre vous parait peut-être bien énigmatique. En effet, d'aucuns s'étonneraient d'apprendre qu'un pommeau de douche peut appeler. Et pourtant. Ce pommeau de douche est américain, et comme beaucoup de leurs actionneurs domestiques - on pourrait presque appeler ça des "interfaces homme-machine" des fois, au vu de la complexité - il est donc par nature étrange (cf. billet précédent)...





L'appel du pommeau de douche (H.P. Lovecraft, 1926)


Dans le plus pur style lovecraftien, nous nous contenterons de dire que ce récit a été retrouvé griffonné à la hâte, sur un carnet CapGemini trempé, dans la salle de bain de l'appartement A59 sur la 20th Street, Boulder Colorado, appartement complètement vidé, inondé et fermé à clé de l'intérieur. Âmes sensibles...


Si vous avez suivi, vous comprenez que je n'ai été familiarisé avec la douche à l'américaine qu'assez tardivement ici, puisque privé de valise et de facto de douche pendant 24h. Quoique, à bien y réfléchir, la douche je l'avais plutôt prise pendant 24h... Bref.



J'avais donc déjà eu l'occasion de me taper une dizaine d'aller-retour sous le canapé - merci les interrupteurs - quand je découvris la bête. J'étais, prudent, anxieux de ce que ça allait être. Un simple cône. Un cône qui sortait du mur, avec une liaison rotule l'y attachant permettant une petite rotation de la tête sur une dizaine de degrés sur 2 axes. Je me suis dit que je devais voir et avoir ici uniquement l'armature de la douche. Mais, non, après la confirmation - très étonnée - d'un voisin, c'était bien un pommeau de douche classique. Enfin, surtout, pas cher.

A ma première douche - puant mais pas fou le coco - j'avais actionné la douche en me tenant à l'extérieur de la baignoire. Pour un entendre alors un son cthulhuesque. Un bruit suraigu (un peu genre île de Callirhoé-dark side pour les vieux de la vieille ;), ou encore simplement moi jouant du flutiau). Un cri. Un appel. Qui cesse soudain, et le pommeau vibre un instant avant d'exploser de l'eau à peu près partout et de se calmer après quelques secondes de panique pure. Je n'avais pas encore de rideau de douche à l'époque, j'en ai donc profité pour laver le sol de mon appart.

Donc, j'en ai arrêté avec le pommeau pourri, j'ai tout démonté. Et j'ai remonté un vrai truc avec un tuyau, qu'on peut suspendre au dessus de sa tête et qu'on peut utiliser, entre autre, pour rincer la douche après, parce qu'avec ce dispositif pourri, laver la salle de bain ainsi que le salon même c'était tout bon, mais la douche, ça non ! J'ai appris à cette occasion que faire de la plomberie, ça mouille. (et oui le feu ça brûle, et tous les oiseaux blablabla...)


Parce qu'un LolCthulhuZ, ça fait aussi toujours du bien

Et donc, ce matin, je vais prendre une douche. En mode blond, vous me connaissez bien le matin : "dibadibadoum, ahah je me ferai bien une petite douche bien fraiche pour me réveiller. Dibadi [une pause, regard à la caméra] Badoum.". Je suis dans la douche, je tourne un premier robinet, le chaud, prêt à ouvrir le froid. Mais j'ai à peine tourné le machin, que le cri du pommeau retentit de nouveau ! Je me fige, dans la douche, tel Spip, l'écureuil américain, apercevant un mouvement menaçant quelconque dans son univers observable. Le son soudain s'arrête, signal de l'imminente explosion. Et tout aussi soudainement, je me rend compte de ma bêtise : d'avoir actionné uniquement le chaud.

Tout s'est passé très vite. Alors que j'écarte le pommeau d'une main preste, l'autre empoigne le robinet du froid et essaye de le tourner. Mauvais sens !*. Se produit alors ce moment fatal où l'eau jaillit, non du pommeau, mais d'abord de la jonction dans le mur (!), traversant par là-même le petit bout de scotch que mes talents de plombier amateur avait estimé suffisant à le contenir, à contenir la Bête ! L'eau est immédiatement tiède puis vite, très vite, très chaude. Réflexe vital, je lâche le pommeau - le vrai à présent, celui que nous connaissons  nous les civilisés - pour me protéger les yeux. Mon autre main finit par arrêter de s'obstiner à visser ce putain de robinet et ouvre enfin à fond l'eau froide. Et là, l'eau jaillit bien sûr à forte pression du pommeau abandonné, laissé libre et pendouillant mollement devant ma poitrine**. Mon torse encaisse une douche bouillante puis glacée, je rejette par réflexe ce pommeau démoniaque. Celui-ci frappe le rideau de douche, puis le contourne tel un Sud-Africain face à la défense française, s'enroule derrière... et, méticuleusement, inonde ma salle de bain avant que j'ai eu le temps de couper les vannes.



A présent, à chaque douche, à chaque déverrouillage de robinet, la peur me prend au tripes. La peur d'entendre l'appel du pommeau de douche, dont la prophétie, formelle (induction, induction...), annonce qu'à chaque fois qu'il se produit, il innonde tout autour de lui. La dernière fois j'ai eu de la chance. La dernière fois, je m'en suis tiré. Tout à l'heure, je suis allé dans la salle de bain. Le pommeau m'a vu. A présent, il me regarde.

"Est-ce que vous voyez ?"


* Désolé, mes chers parents. Vous avez essayé de me faire comprendre, toute ma vie, qu'il fallait tourner le robinet dans un sens. Et j'avais du mal. Et bah ici, ils font comme moi j'ai envie de faire à la maison... Et donc forcément je tourne à présent ici comme on tourne les robinets en Europe.
** Je me rend compte que je suis en train de décrire un combat contre un pommeau de douche... Mais où cette vie épique s'arrêtera-t-elle ?!

mardi 29 juin 2010

LUMIEEEEEERE !!!!

Revenons en un peu à la satyre... pardon satire, oulà ! Ou quand allumer la lumière aux Etats-Unis c'est genre bah simplement trop euh... difficile, quoi, t'vois ? Saaaa race... hum hum... trop d'interviews d'Anelka... hum...

Les "actionneurs domestiques" américains, c'est à dire interrupteurs, poignées de portes, pommeaux de douche (épisode à sortir en salle demain), etc. sont différents. Différents de ce qu'on connait, de qu'on a l'habitude d'utiliser. Etrangement, cette société qui est quand même très gadgetophile et invente des produits pour n'importe quoi (un découpe-pomme pour faire des morceaux hexagonaux par exemple, ouais cool !), possède des actionneurs domestiques basiques qui sont encore, et je pense très objectivement, en retard de ce qu'on pourrait en attendre normalement. Allez, promis, j'exagère à peine.



Depuis une cinquantaine d'année, en France, l'électricité est considérée comme d'une relative banalité - en zone civilisé s'entend. Nous avons donc compris depuis un certain qu'il était possible de sophistiquer légèrement l'agencement des fils électriques, voire de coupler un actionneur mécanique à une résistance variable, pour donner à nos interrupteurs une façade agréable et même nous permettre de régler la luminosité à notre convenance. Et puis, au pire, on a ce bête carré à pousser d'un coté ou de l'autre, qui peut s'actionner du doigt, de la main (de Henry), du coude, de la tête, de la main, du pied pour ceux qui veulent redorer notre honneur bafoué en l'an de grâce 2010, ou encore de la fesse et d'autres parties anatomiques que je n'oserais imaginer.

Ceci est un interrupteur domestique français de 1970

Ici, mieux vaut avoir au moins une main à disposition, parce qu'actionner un interrupteur peut s'avérer un travail de titan. Bien sûr ils ont l'interrupteur classique mural. Mais le leur est massif. L'actionner nécessite une force du doigt certaine, que l'on a pas forcément à toutes les heures du jour et de la nuit. Surtout quand on appuie dans le mauvais sens. De plus la partie mobile, sorte de piton parfois poncé et poli dans une vague tentative de la faire ressembler à autre chose qu'une épieu miniature, ressort déjà tellement du mur, qu'il y'a surement déjà eu des cas de trépanation accidentelle les impliquant.

 
Ceci est un interrupteur domestique américain de 2010
(notez bien toute l'électronique sophistiquée et bien cachée dans le boitier quand même...)

Il y aussi le bouton poussoir. Ce truc est un petit titou, taille d'un grain de riz, en métal qu'il faut enfoncer sur tout sa longueur pour allumer ou éteindre. Ça a l'air stupide comme ça, mais c'est une souffrance de tous les jours. Où l'on se demande s'il va falloir encore appuyer sur ce machin super dur à enfoncer, et que l'usage a élagué sur ses bords, pour en faire un ovale pointu, au point qu'il en faille sacrifier un pouce à chaque pression.

Mais là nous sommes encore en terrain connu... spartiate mais apprivoisé. Non, il y a enfin le bouton à tourner ! Le bouton à tourner est - et c'est son premier problème - petit. Et oui, en définitive, la vérité nous frappe sévèrement : size matters ! Mais genre vraiment petit, truc de lutin quoi. Genre la vis que t'arrives jamais à visser parce que t'arrives juste pas à la tenir entre deux doigts. Et ce truc, nécessairement, est une fois sur deux grippé, une autre fois sur deux t'as loupé l'encoche*. Dernière chose, si tu tournes dans le mauvais sens (donc fatalement une bonne chance sur deux quand tu découvres l'appareil, beaucoup plus dirait la loi Murphy mais ne rentrons pas dans le débat), la vis saute et va se perdre (cette fois conformément à la loi suscitée) sous le canapé et pile au milieu.

Maintenant comprenez que le plus marrant c'est que sur un seul luminaire lambda de salon, il y a plusieurs boutons de ce type ! Un pour allumer toutes les ampoules. Presque en fait, une loi américaine doit surement interdire d'avoir plus de 3 boutons par lampe, et ce afin de réduire le taux de dépressions nerveuses dans la population. Chaque interrupteur permet donc d'actionner un certain nombre d'ampoules sur le luminaire. Bah oui, pas cons les amerloques !!! Ça leur sert de VARIATEUR de luminosité !!! A niveaux discrets, et dix fois plus compliqué à mettre en place mais passons. Ces boutons sont disposés donc à tous les endroits possibles et imaginables, si possible le plus près de l'ampoule ou alors suffisamment inaccessibles pour que l'on se crame les doigts une fois sur deux à vouloir éteindre quand on est fatigué, mais surtout rendant très difficile la mémorisation des sens de rotation des boutons !

Bien sûr, dernier gag : il est très difficile de différencier, à première vue ou sans réfléchir, le bouton poussoir et le bouton à tourner. Ce qui entraine des frustrations très intenses à tourner dans le vide l'un pendant quelques secondes et à se démolir le pouce à vouloir à tout prix appuyer sur l'autre...

Un coup classique, la trépanation sur recul imprudent : 20 000 morts/an aux US... ((c) ClipartOf)




Et puis je ne vous ai pas encore parlé de l'ouverture des fenêtres... Allez, pour un autre jour ! :)



* je décline toute responsabilité sur des équivoques éventuelles dans ce paragraphe... =D

dimanche 27 juin 2010

Semaine chargée

Me voilà de retour, après quand même 3 jours d'absence, ce étant donné la fin de semaine chargée que j'ai eu. En effet, résumons un peu cette semaine... J'ai enfin commencé à bosser sérieusement, donc à faire des maths et à programmer comme un petit fou sous Matlab. Quelques découvertes (en version brute et version traduite à chaque fois :p).

- J'ai découvert que j'allais répartir des charges sur un astéroïde, plutôt que d'atterrir dessus. Ce qui va être dur, c'est de choper le petit astéroïde (secondary) qui gravite autour d'un plus gros (primary), et de larguer une bombe dessus sans qu'elle rebondisse avec une vitesse supérieure à la vitesse de libération ou même ne soit éjectée avec un simple effet de marée du primary.
Version traduite : une bonne vidéo vaut mieux qu'un long discours (ou pas)

- J'ai découvert que je cherchais l'ensemble des solutions à mon problème qui était denses dans mon espace des phases (à 6 dimensions uniquement ici). Je suis pourtant toujours incapable d'en trouver une seule non-triviale !
Version traduite : les mathématiques me disent que je peux trouver des solutions à mon problème n'importe où, et qu'il y en à foison, et pourtant je n'en trouve aucune.

- J'ai découvert la fonction eval de matlab. Ou comment se la péter pour pas grand chose.
Version traduite : ça n'en vaut pas la peine.

Ma cible : Kilo Whiskey 4, avec alpha à gauche et beta à droite



Et puis bien sur les news générales plus intéressantes surement :

- Le grand évènement sportif de la semaine. En Coupe de Monde de foot, c'était bien sûr, comme tout le monde le sait, malheureusement, l'éviction des Etats-Unis, ce Samedi, contre le Ghana. Leur mental d'acier n'a pas suivi, cette fois, à compenser une certaine fébrilité et un manque d'organisation assez clair. On aura vibré pourtant jusqu'au bout ici, à Boulder. J'étais dans un bar, et chose assez incroyable, la moitié des gens dans le bar expliquait ce qui se passait à l'autre moitié qui ne comprenait rien au foot : offsides (hors-jeu), cards (cartons), tout leur paraissait un peu compliqué. Mais si les US sont tristes, les Ghanéens, eux, doivent être ravis. Ils ont mérité la victoire, souhaitons leur bonne chance.

- C'était pas le meilleur moment pour performer du hip-hop les gars !
- Beuarh

- Le grand évènement géopolitique de la semaine. C'était, comme tout le sait, la menace permanente à présent de guerre entre la France (et une bonne partie de l'Europe de l'ouest) et la Suisse, suite à la tentative d'annexion par cette dernière de la Savoie.
Serait-ce "l'annonciation" de la 3ème guerre mondiale ? Seul Dieu sait, mais une chose est sûre : c'est le meilleur moment pour la Suisse d'attaquer. Notre gouvernement considère en effet que le plus grave problème actuel, c'est l'équipe de France, et une attaque éclair des piquiers suisses pourraient bien surprendre les quelques arquebusiers qui défendent encore nos frontières à cet endroit. Cliquez-moi pour un petit aperçu de cet éventuel combat (si vous trouvez qu'il manque définitivement quelque chose à la scène, cliquez sur le petit ballon en bas du lecteur youtube, et voilà !)

"La Savoie se prépare à une attaque suisse imminente, donc prévue dans 8 mois" (Reuters, 24/06/2010)

- Le grand évènement américain de la semaine. C'était ce pauvre général McChrystal. Qui a en fait été remplacé, comme top news, depuis hier par le complot sur la mort de Michael Jackson. Bon, j'ai pas eu le courage de tout regarder. Au-delà d'une demi-heure je commençais déjà à suer à grosses gouttes à force de claquer des doigts et de hocher la tête en rythme sur la musique. Apparemment sa famille veut trouver un coupable pour sa mort. Grand bien leur fasse, plus que 3 étapes avant l'acceptation...

Michael Jackson est connu pour avoir révolutionné le Yoga avec sa fameuse position du héron

jeudi 24 juin 2010

CCD - Chrystal clear dignity

Aujourd'hui CNN et Fox News sont en ébullition. Plus que d'habitude en tout cas. Plutôt que de continuer l'élagage du marronnier mazouté qui les occupent depuis deux mois -- et alors que la fuite a repris de plus belle -- ils discutent de la "resignation" (démission) du général McChrystal. Encore une occasion d'étudier un peu plus la mentalité américaine.

McChrystal : Beuarh ?
Obama : Qu'est-ce que je vais faire de toi... ?
McChrystal : Beuarh...


Pour ceux qui n'ont pas suivi l'affaire, un petit rappel.

Un journaliste du journal Rolling Stones, pas franchement pro-militaire, a été autorisé à s'entretenir avec le général McChrystal, général en chef des armées alliées en Afghanistan. Cependant, c'était à l'époque du volcan islandais... Le journaliste a donc été bloqué, à Paris si j'ai bien entendu, avec le général McChrystal et son staff pendant un certain temps. Et on l'a laissé prendre des notes. Il a ainsi entendu et on lui a confié des trucs qui n'auraient jamais dus être confié à un journaliste (et qu'il était malsain de penser au sein du staff d'un général en chef).

Un peu comme l'affaire Anelka, mais c'est un petit peu plus important ainsi, puisqu'il s'agit de la descente en flèche de l'administration Obama et des responsables civils de la guerre en Afghanistan. Morceaux choisis : certains sont traités de "clowns", Joe Biden renommé "Joe Bite me !" ("Joe, Va te faire foutre !" en moins vulgaire), etc. Barrack Obama en prend un peu pour son grade également, sans insulte aussi forte pour autant. Le plus étonnant est que ce n'est jamais McChrystal qui balance ces bêtises, c'est juste son staff (sauf quelques citations, mais toujours données par le staff).

Avant même que l'affaire n'éclate, puisque le journal devrait sortir vendredi, McChrystal a envoyé un télex s'excusant platement puis il est venu à la Maison Blanche s'entretenir avec le Président Obama. Comprendre : venir présenter sa démission au Président. Aujourd'hui, le Président Obama a annoncé qu'il avait accepté cette démission, avec tristesse néanmoins.

 
Sad President Obama is sad.


Un peu sévère.

Essayons donc de comprendre pourquoi le président américain aura choisi une telle issue... et à quel point la France pourrait apprendre, je pense, de cette façon de voir les choses.

Aux Etats-Unis, les chefs sont responsables pour tout ce qui se passe sous leur direction. Par exemple, le Président Obama s'est excusé pour BP. WTF ?! Oui il s'est excusé, et a pris sur lui la responsabilité de l'accident d'une plate-forme maritime de forage pétrolier, dont il n'avait jamais su l'existence avant qu'elle explose. Parce qu'il est Président à ce moment. Parce qu'il représente et incarne l'Etat, et que l'Etat doit imposer aux entreprises de ne pas faire n'importe quoi. Il est responsable in fine. Alors aucun américain ne lui en veut pour cette explosion : certains lui en veulent pour sa gestion post-explosion, mais personne ne lui reproche l'origine de ce drame. Mais tout de même, il prend sur lui la responsabilité de l'accident.

En France, et dans beaucoup d'autres pays du monde je pense, ça ne nous viendrait même pas à l'esprit. Quand Raffarin va shooter dans des patasses de pétrole, sur la côte Atlantique, il blâme les autres. Bien sûr, ça n'est pas sa faute. Le pauvre ! Avec toutes les casseroles qu'il avait, on allait pas non plus lui foutre le naufrage du Prestige sur le dos... Surtout que c'était pas vraiment en France que ça c'est passé...

Pour le pauvre McChrystal, il y a en plus l'importance du symbole pour les Américains. L'armée doit, dans tous les pays, montrer un soutien indéfectible à sa classe dirigeante, c'est certain. Mais pour les Américains, le symbole est encore plus important. Un général qui taille - officieusement ! - des élus civils dont il dépend, c'est l'armée entière qui souille - officiellement - la classe dirigeante donc - et ça c'est très américain - directement le peuple. Démocrates et républicains, même Fox News, ils sont tous d'accord : le comportement est inadmissible, le général devrait être viré. Ils sont nombreux à dire : ce mec est un excellent soldat et tacticien, il travaille comme Hercule là-bas, c'est l'homme de la situation. Il n'empêche : il ne mérite plus ce poste.



Langue de bois, cette histoire de responsabilité du chef ? 

Je ne pense pas. C'est surtout une histoire de savoir reconnaitre publiquement qu'on a fait une erreur, qu'on aurait du mieux agir. En France, c'est probablement considéré par les politic(h)iens comme un geste de faiblesse de dire "je me suis planté". Quand Nico le fait, que dit-il, en fait, à chaque fois ? Il dit "J'ai merdé, mais franchement c'est pas facile tous les jours... et avec Carla, ma femme, et tout... mettez-vous à ma place !" hum. Essayons de rester sérieux.

Le Président Obama dit "J'ai pas fait attention. Le gouvernement et moi-même, on aurait dû s'en occuper de ces problèmes de contrôle de sécurité". McChrystal dit "J'ai été peu avisé, j'ai mis le Commandant en Chef de mon pays dans une situation intolérable, je n'aurai jamais du faire ça. Je n'ai pas d'excuse et je n'en mérite pas." Et ce n'est pas de la langue de bois, il le pense réellement. Ce n'est une auto-flagellation de bouc émissaire, ils ne prennent pas la responsabilité d'un acte, comme ça, pour faire plaisir à l'opinion. Quand on dit au Président Obama "Bouh, vous n'avez pas assez agi au début sur BP, et même maintenant !", il ne pense pas avoir commis une erreur au contraire alors il ne s'excuse pas. Somme toute, they keep it real.

Quoiqu'on pense du général McChrystal, quoiqu'on pense de la personne de McChrystal, et avant même de se demander s'il avait raison ou non de penser cela... savoir assumer la responsabilité de ses actes, de ses dires mais également du staff que l'on commande, c'est selon moi une preuve de grande dignité. Et si tout le monde ici a trouvé sa conduite intolérable, l'homme reste, au yeux de beaucoup de commentateurs - y compris le journaliste auteur de l'article - une personne de grande valeur et le militaire, un grand général.




Appliquer ça France, où ça ? 

Bon, je vais me contenter de sélectionner un top 3.


1. Sarko
C'était facile. Mais mérité. Grandis merde !

Parce qu'être chef, ça ne veut pas dire être celui qui fait gagner le pays et qui n'a rien à voir avec les erreurs commises.


2. Procès Kerviel.
Le pauvre garçon prend très cher. Difficile de savoir le fin du fin dans cette histoire. La Sogé a probablement profité de cette affaire pour dissimuler quelques pertes sur actifs pourris, mais de là à croire qu'un seul dirigeant de cette banque pouvait dormir tranquille en sachant que Kerviel misait plus que les fonds propres de sa banque sans aucune assurance c'est du délire pur. L'appât du gain j'y crois volontiers, mais là ça n'a rien à voir. On aime bien jouer au PMU de temps en temps, même risquer quelques milliers d'euros pour certains, mais on parie pas le double de toute sa fortune et tous ses biens sur le PMU.
Je pense donc que ses chefs ne sont pas coupables. En revanche, ils sont responsables. Tous, jusqu'au dernier. Je dis pas que ce sont des méchants, je dis qu'ils sont responsables. Ils doivent prendre leur responsabilités, assumer ce qui s'est passé. Bouton peut faire le cinéma qu'il veut, et il a le droit d'en vouloir à Kerviel, ça oui. Mais qu'il assume à la fin l'entière responsabilité de ce qui s'est passé.

Parce qu'être chef, ça ne veut pas dire être celui qui fait gagner la banque et qui n'a rien à voir avec ses pertes.


3. Procès Domenech, FFF et tout le gymnase avec.
C'est marrant, on prend une branlée et la première chose que tout le monde dit c'est "c'est pas ma faute c'est la faute de mes subordonnées ou de mes supérieurs". Je ne sais pas comment vous le vivez, à la maison, mais vu d'ici, ça fait franchement honte.
Pas pour le ballon, je m'en fous un peu de la coupe du monde, on l'a gagné une fois, c'était mythique, j'étais là, bon... voilà. Pas pour le niveau de jeu, bien sûr ça fait jamais plaisir de perdre... Mais pour la façon dont tout le monde se renvoie la balle -- pour une fois que ça joue un peu !
Les joueurs disent "Nan c'est la faute du traître". Le sélectionneur dit "J'ai rien à me reprocher, allez tous vous faire foutre..." A la FFF, on veut faire des enquêtes pour déterminer qui sautera. Dans cette ambiance, il est compréhensible que l'Equipe se mette à ne piger que du sang et des larmes parce que c'est tellement atterrant qu'on préfère enterrer l'équipe plutôt que de la soutenir.

Parce qu'être chef, ça ne veut pas dire être celui qui fait gagner l'équipe et qui n'a rien à voir avec la débâcle.

Si je peux l'assumer, pourquoi pas vous ?



Finissons sur une note positive. Les ricains ont battus l'Algérie ce matin. Victoire 100% mérité avec notamment un but refusé sans raison au tout début du match. Ils font plaisir à voir courir. Ils savent pas jouer au soccer, mais ils y sont pourtant super bons.

Epic win is epic =D

mercredi 23 juin 2010

Go USA ! - VTFESFPD

Oui, je fais un billet sur la coupe du monde. Incroyable hein ? Mais même les boulderates (c'est ainsi qu'on dit) se foutent de la gueule de l'équipe de France alors bon... Il sera court en tout cas. Tout autant le séjour de l'équipe de France en Afrique du Sud.



Ce lundi (hier donc), je suis allé faire un foot avec les autres gens du Family Housing de l'université (ma résidence). Y'avait des espagnols, des italiens (grrr), des grands bretons, etc. Et bien sûr des américains.

J'arrive, je me présente, on me demande d'où je viens.
- I'm French.

- Ahah !
- Oh, so sorry man...
[Oh, je suis tellement désolé mec...]
- Sorry for your team, dude, how are you coping ?
[Désolé pour ton équipe, gars, ça va tu veux en parler ?]

Et puis y'a un gars qui me dit :
- I'm Irish.
[Je suis Irlandais]
- Oh...
- Year...

- In the name of my people, I would like to apologize for this stolen qualification.
[Au nom du peuple français, je voudrais m'excuser pour cette qualification volée.]
- No, don't apologize... it's so fun that way ! I watch every one of your games. So much fun ! And tomorrow's gonna be legendary* !
[Non, t'excuse pas, c'est tellement plus fun comme ça. Je regarde tous vos matchs. Tellement fun ! Et demain, ça va être énorme !]
- Well, glad you take it that way...
[Bah, content que tu le prennes comme ça !]
- Plus, now we know what blue lame ass penguins look alike, playing football !
[Et en plus, on sait enfin à quoi ça ressemble des pingouins bleus abrutis qui joue au foot]
"Blue lame ass penguins"


Si vous savez plus quoi suivre, amusez-vous avec les USA. Ils jouent un peu brouillon, mais au moins ils s'entrainent, eux.



* je pense qu'il ne l'a même pas fait exprès !

mardi 22 juin 2010

Exploration à l'américaine

Je suis un peu crevé, mais je ne résiste pas à l'envie de remettre une deuxième connerie sur ce blog ce soir. Cette connerie c'est tout simplement mon boulot. Alors ne vous inquiétez, ça va pas beaucoup parler science,  mais juste des trucs marrants de mon boulot, accessibles à tous. On taillera sur tout le monde au passage



Je dois travailler sur une sonde qui va sur un système de deux astéroïdes qui tournent l'un autour de l'autre. Le cahier des charges, jusqu'à présent, c'était de faire atterrir la sonde, ou du moins une partie sur l'astéroïde. Et Vendredi, mon Dieu vivant de la Mécanique Spatiale (mon boss) m'explique un peu plus en détails ce qu'ils vont faire avec la sonde...

Les japonais se sont posé sur un astéroïde, avec Hayabusa, et comme ce nom signifie Faucon, la sonde devait récolter un échantillon de l'astéroïde, comme le faucon fondant sur sa proie et l'attrapant sans même véritablement toucher terre. Classe quoi. Bon, dû à un manque de temps et d'argent qui a forcé les japonais à programmer l'atterrissage un peu sur leur temps libre... je déconne... à moitié. Bref, la manoeuvre a en réalité été davantage digne de l'asteroïssage d'un éléphant de mer sourd et aveugle aux ailes de cire (non, c'est pas joli joli surtout s'il braille en même temps, ce qu'Hayabusa, à sa manière, faisait). Mais bon, dans l'esprit c'était classe.

Les européens, c'est à dire les français et les allemands (essentiellement hé oui), ont voulu faire leur sonde, baptisé Marco Polo. Le mec qui est parti gavé de marchandises vers des contrées lointaines. On l'a donc gavé d'instrument, le vaisseau devait se poser au sol, planter peut-être des grapins, bim bam, se verrouiller sur l'astéro, en autonomie complète, extraire de la roche, prendre des photos du genre de microcosmos avec seulement beaucoup moins de vert et surtout gris. Et donc, complètement obèse et pété d'instruments clinquants, le pauvre Marco n'a jamais décollé : trop de budget tue le budget.

Les américains. Ils ont été impressionnés par les japonais. Enfin surtout par la façon dont ils ont réussi à faire redécoller leur faucon-éléphant de mer et à peut-être le crasher enfin en Australie d'ici quelques mois (edit : merci Anthony, qui nous signale qu'Hayabusa est arrivée il y a quelques semaines déjà en Australie ! Les japonais ont donc réussi à refaire fonctionner un moteur sur 4 et ont pu donc atteindre l'Australie juste avant l'Eté ! Chapeau à eux, c'était pas gagné d'avance). Et ils ont été très impressionnés par la taille de l'enveloppe budgétaire de la version européenne Marco Polo. Et par ce qu'il aurait été possible de faire, si seulement l'Europe avait de l'argent à consacrer à son domaine spatial. Ils ont regardé tout ça et ils se sont dit : "on va faire la même chose, mais bon, en plus efficace."



Donc, mon boulot, ça va être de calculer les trajectoires de la sonde, pour qu'elle puisse BOMBARDER l'astéroïde. Non je déconne pas, je vais lâcher des bombes sur les deux astéroïdes ! Mode Y-Wing dans Rogue Leader (dès que j'ai un film matlab, je vous l'upload les dudes). L'idée scientifique derrière est pas du tout stupide, c'est même intelligent. Et puis y'en a tellement des astéroïdes. Et puis on fait exploser que la surface, on va pas le vaporiser non plus. La mission n'envisage en effet pas (encore) d'embarquer des têtes nucléaires...

- If you wanna know stuff about something... just... blow the shit up and see what's what !
- American way of life, yeeeehaaaaa !!!

Sens de l'humour

J'ai jamais encore eu l'occasion de le dire, mais les américains sont vachement marrants. Déjà ils foutent des blagues partout, surtout dans les moments les plus sérieux.

Quand j'écris un rapport à Supaéro, j'adore mettre des blagues dedans, des ptites boutades. Mais bien sûr quand c'est un minimum sérieux j'enlève tout, ne laissant que quelques traits d'esprit en filigrane, parce qu'en France, ça n'est pas très bien vu de faire marrer son lecteur. Je n'ai d'ailleurs jamais compris pourquoi mais bon. Bien sûr, quand le rapport est pipeau, cf. Stratégie, là on s'amuse à écrire des florilèges de jeux de mots pourris. Jeu auquel, mon cher Thomas, tu es, je dois l'admettre, bien meilleur que moi !

Aux US, la plupart des bouquins scientifiques, même des fois de cours articles, ont leurs petites blagues. Exemple, sur les points équilibres en mécanique spatial (vous z'inquiétez pas c'est très "lège", et la traduction suit) dans un ouvrage on ne peut plus sérieux :
<< The body has no reason for moving off in one direction rather than another, and unless it receives a small nudge it will stay where it is. This is similar to the situation of the student, who, having two lectures of equal importance at the same, goes to neither. >>
Trad : << Le mobile n'a aucune raison pour se déplacer dans l'une ou l'autre des directions, et à moins qu'il ne reçoive une petite pichenette, il restera bien à sa place. C'est ainsi la même situation que celle de l'étudiant, qui devant assister à deux cours de même importance, ne va finalement ni à l'un ni à l'autre. >>

Bon, c'est pas du Desproges (quoique, en fait ça pourrait être typiquement du Desproges !) mais quand on se tape les intégrales de Jacobi, lire cette petite phrase au milieu d'un paragraphe à mourir de sérieux, ça fait rire et ça détend un paquet. Et ils mettent des conneries un peu partout, et dans tous les contextes, c'est très relaxant. Ils ont l'humour facile dans de nombreuses situations.



C'est pourquoi j'ai été quelque peu déçu par le tombé à plat cuisant d'une de mes premières blagues aux US. Que j'estimais pourtant valide ! Roulement de tambour.

Je suis dans l'aile nord de mon bâtiment, là où je travaille. L'administratrice de mon département (Aerospace Engineering) me montre comment se rendre dans mon labo, sans se perdre. Non parce que c'est vraiment pas simple ! Le cadastre boulderien a, je pense, renoncé à coucher le plan du bâtiment sur une feuille, c'était beaucoup trop eschérien pour poser ça sur des surfaces 2D développables. Il n'existe ainsi aucun plan papier de l'ensemble du bâtiment. Tout juste a-t-on droit devant sa porte à des morceaux choisis, ne couvrant pas plus d'une dizaine de mètre - et ce, encore, à grand renfort d'approximation de projection 2D utilisant l'axiome du choix - permettant de rejoindre l'escalier le plus proche en cas d'incendie. Une fois dans l'escalier, il sera néanmoins préférable de se référer au plan qui s'y trouve, car la sortie n'est pas forcément en bas de celui-ci. Ni en haut non plus.


Bref, là, l'administratrice me dit en me montrant une grosse sculpture de Jupiter (la planète hein pas le bonhomme) :
- See, you go to Jupiter and then it's just beyond.
Et moi de m'exclamer, tout enthousiaste :
- Ahah, of course, Jupiter and beyond the infinite ! It must be full of stars down there...
(pas vraiment utile de traduire ces deux citations)

Jupiter et par-delà l'infini, c'est mon bureau.

Bon d'accord... si vous vous intéressez pas au spatial, je vous en veux pas de pas comprendre. Mais j'estimais qu'une nana qui bosse depuis pas mal d'années dans le département spatial de l'Université du Colorado et qui se tient au courant des avancées de la NASA, des actualités du spatial quoi, devait quand même connaitre ses classiques [ndla : http://www.imdb.com/title/tt0062622/]. Et puis, elle venait de me dire qu'ils avaient eu des mecs super célèbres dans ce département, qui étaient des astronautes, des stars quoi...

Mais bon y'a juste eu un gros blanc...

...
...
...


Et bien sûr, je vais m'enfoncer dans la blague puisque deux minutes après (alors qu'on est beyond Jupiter), elle me montre comment ouvrir la porte du bureau avec la carte magnétique. Moi j'essaye et ça marche pas, alors on réessaye, on réessaye, et là encore, c'était une perche qu'on me tendait pour balancer, dans un dernier essai, un malheureux :
- Open the pod bay doors, Hal.
- What did you say ?
- Oh nothing, just thinking...

Open the pod bay doors, Hal.

...
...
...

Snif...

Nota : dsl pour les blagues de maths.