dimanche 6 février 2011

Partir un jour

Partir c'est mourir un peu.

Bigre, ce billet s'annonce gai et joyeux. Mais force est de constater que de nos jours, partir ça ne veut pas vraiment dire la même chose qu'autrefois. Si dans l'Ancien Temps, partir voulait dire avant-tout risquer sa vie sur les routes, galérer à l'arrivée pour faire son trou, et recevoir des nouvelles de son pays une fois par an et avec un mois de retard... aujourd'hui c'est effectivement bien différent.

Les dinosaures, c'était pourtant y'a pas si longtemps !!!
Et même sans parler de l'Ancien Temps... revenons juste vingt ans en arrière. Toute une vie à mes yeux, mais bien peu de chose finalement. A cette époque, rappelez-vous -- enfin ceux qui peuvent -- il n'y a pas internet, à part pour 42 geeks répartis sur la planète. A cette époque, il y a bien le télégraphe téléphone, mais les appels transatlantiques ne sont pas si pratiques. A cette époque, on a les informations par la télé et la radio, mais si on parle de l'autre bout du monde, ça n'est jamais que lorsqu'une catastrophe s'y est produite. Cette situation est passée, en l'espace de 10 ans peut-être -- de 1999 à 2009 dirons-nous -- d'établie à oubliée.

Il y a peu de temps, mon grand-père me disait que ça faisait vingt ans que l'on avait rien inventé. Je ne sais pas qui sont les experts qui défendent cette thèse, mais à mon avis, ils n'ont jamais touché à un ordinateur de leur vie. Et l'Internet doit encore être pour eux ce fruit défendu énigmatique dont tout le monde parle mais qu'ils savent n'être en réalité -- et ce de leur propre expertise innée des choses du monde -- qu'un repaire pour pervers, amateurs de chatroulette et pirates en tout genre qui sèment la désolation partout où ils passent.

Les gens qui lisent ce blog n'ont pas besoin que je trouve des arguments pour ridiculiser cette vision de l'engeance Internet et pour cause: ils lisent ce blog. Rare est l'argument qui par le seul fait d'être lu se démontre de lui-même. Mais rions tout de même un bon coup. Car que me permet Internet, en tant qu'expat' ? Tout ce que je faisais en France auparavant finalement.

Ecouter la radio, regarder la télé regarder les Guignols, lire les journaux -- qui a dit "et plus qu'avant" ?!. Côté info, le net nous sert à volonté, nous alerte-par-mail, nous tweet, nous rss, nous synchronise. D'ailleurs, chers journalistes du Monde, du Point, du Nouvel Obs, de Libé, etc. par pitié arrêtez de nous parler de la toute nouvelle révolution twitter. Ceux qui s'y connaissent rient des œillères que vous avez portées pendant facilement 2 ans et ceux qui ne connaissent pas ne lisent pas ce genre d'articles... Mais concernant ces moyens d'information, c'est finalement déjà comme ça que je m'informais en France. En 6 mois, j'ai bien changé certaines habitudes, automatisé mes recherches, ajoutés des favoris à firefox chrome. Mais ne les aurais-je pas changé même en étant resté en France ? Est-il possible que, déjà, le monde change plus vite que moi ?

"Hé bien... ceci... est une révolution..."
Et puis après toutes les actualités, il y a le miracle Skype. Ou Gtalk, no offense hein... Appeler gratuitement en visio les gens à qui ont tient, mine de rien, ça n'est justement pas rien. D'une certaine manière, ça entretient notre propre culture, ça rassure, ça permet de désactiver le traducteur automatique et de se créer une petite parenthèse française de temps à autre. Et de se rendre compte que la Terre est ronde -- ou alors que les mecs qui gèrent le soleil, et bah ils sont vachement bien organisés.

Malgré tout, certains sites internet s'obstinent à me montrer que je ne suis pas en France. Premier sur la liste: Deezer. Deezer, je te hais. Déjà que tu n'as pas grand chose, mais en plus tu m'empêches d'y avoir accès parce que je vis aux Etats-Unis. Et en plus t'as fait couler Jiwa, qui eux au moins avait eu les balls de se procurer les licences pour les vraies chansons des vrais groupes, par les reprises du genre Yukélélé-Synthé-Autotune.

Mais sinon... quand même... Internet ne remplace pas tout. Partir 6 mois, c'était comme partir en voyage. Partir pour au moins 3 ans, c'est une autre affaire. C'est ne pas dire "à bientôt" mais "au revoir". C'est ne pas faire de plans pour dans 6 mois, mais dire "bon, on garde contact surtout hein".

La technologie a beau avoir mis chaque point du globe à moins de 24h de n'importe quel autre, avoir réduit le temps d'information à quelques minutes et avoir permis des communications avec moins d'une seconde de décalage, il n'en demeure pas moins qu'être loin des yeux reste, encore et malgré et tout, être loin du coeur... quoiqu'on y fasse ni n'en dise. Jusqu'à la prochaine invention de Steve Jobs peut-être ?

- Wow, t'as la nouvelle appli "téléportation" de l'i-maison !
- Hé ouais... 3,90€ à l'Apple Store ! Viens, je faire un tour à Milan, j'ai besoin d'un nouveau pyjama...

jeudi 20 janvier 2011

Climat boulderate

Le néophyte peut s'étonner du climat du Colorado. Mais, in fine, dans une époque marquée par le dérèglement climatique, il fait ton sur ton. Quand nos ancêtres se risquaient à énoncer de tels affirmations comme "Après la pluie, vient le beau-temps" et la très controversée "Après le beau-temps, vient la pluie", le boulderate peut lui oser le "Ce matin, je suis en slip à ma fenêtre, cette aprem je me paumerai dans le blizzard.".

Les américains sont victimes de plein de clichés. On dit que c'est le pays de l'extrême, de la démesure: c'est exact... A commencer par leur climat. A Boulder je suis dans un climat semi-aride de montagne. Déjà pris séparément, ça fait pas forcément envie, mais quand tu les mets ensemble tu es sensé donc avoir des écarts jour-nuit assez mortels* et des écarts été-hiver à te ruiner ton salaire -- ou celui de tes parents généreux à Noël -- en fringues. Mais ce que l'on apprend, en venant au Colorado, c'est que le soleil n'a semble-t-il qu'un impact mineur sur le temps qu'il fait. Qu'il soit levé ou pas, bof... la température, c'est pas vraiment corrélé.

En effet, prenez les températures d'hier à aujourd'hui. Hier il faisait un bon 15° vers 15h. Puis le soleil se couche, et la température diminue, là c'est logique. Il faisait quand même 12° donc bon ça allait. Ce matin je me lève -- à 5h45 jet-lag oblige -- et j'ouvre mes fenêtres, admirant un magnifique lever de soleil sur les Fers à Repasser Plats. J'ai laissé mes fenêtres ouvertes toutes la matinée, et il faisait ma foi bien bon dehors. Et alors qu'on approche de la midi, le temps se fait maussade. Il est à présent midi et la température n'est plus que de 4°.

Je pars de chez moi vers 1h30, il fait -1°. Il commence à neiger quand j'arrive à l'Engineering Center. 45min de cours plus tard, il fait -4°, et il est encore 15h ! Et dehors c'est 20cm de neige au sol, un vrai blizzard, avec des chutes de neige dignes des meilleurs souvenirs -- que peut-être lecteur tu as toi aussi -- de ces journées de ski où tu ne sais même plus dans quel sens est la pente tellement tu vois RIEN et qu'y'a du vent ! MeteoBoulder avait prévu une température de 15° en ce moment : eh oui, eux leurs modèles partent de l'idée reçue que le soleil chauffe la Terre. Hypothèse valide partout et presque tout le temps, sauf à Boulder et ce presque toujours. Car, en ce moment, il fait -7°. Ouais... pas facile... Mais je ne doute pas que demain il fera 15°C dès 8h.

Heureusement, je m'étais bien couvert. Contrairement à certains étudiants -- jeunes et cons -- qui n'avaient qu'un t-shirt sur leur dos. La mortalité des étudiants au Colorado a d'ailleurs probablement explosé au moment même où je vous parle. Et moi d'éprouver une profonde satisfaction -- égoïste, inutile et profondément méchante, bref typique d'un chaotique mauvais -- à voir des hordes de Boulderates courir sous la neige en t-shirt, short et sandales-chaussettes. Mais après-tout, cela pourrait les vacciner à vie du combo sandales-chaussettes... enfin... s'ils arrivent chez eux en vie ET avec leurs pieds... mais dans tous les cas le problème devrait être réglé et c'est tout ce qui importe !

Chose amusante, la neige a paralysé Boulder ! Ou plutôt l'absence de visibilité... et je ne parle pas des voitures, mais des gens, et pas que des sandales-chaussettes. En effet, vivre à Boulder comporte un désavantage majeur : on ne repère plus rien si on ne voit plus les montagnes ! Repère intuitif des Boulderates, visibles de partout, indiquant toujours l'ouest, elles sont ici le GPS du pauvre : "après 100m allez vers les montagnes/ à la prochaine intersection laissez les montagnes à votre droite/ au rond point, prenez la sortie qui pointe vers les montagnes mais pas complètement". Résultat : plus de montagnes, on ne sait plus où on habite. Sur le chemin de la maison, on m'a sollicité à deux reprises pour donner des repères... pauvres Boulderates.

Mea culpa néanmoins, je n'ai pas de photos à vous présenter, je n'avais pas mon appareil sur moi, et il fait nuit désormais. Mais vous pouvez vous en faire une idée tout seuls : on se croirait dans une station de ski.

De mon côté, j'avais prévu d'acheter des surgelés, au moins, j'aurai pas besoin de me presser en rentrant ! En tout cas demain, j'essaye de faire ça devant chez moi :

Tellement con ? Tellement bon !


*Enfin, je dis ça mais à Vegas, ils ont 40° le jour, ... et 40° la nuit aussi alors bon...

vendredi 1 octobre 2010

What happens in Vegas...

... doit quand même être raconté.

Oui, ça fait fait 2 mois presque jour pour jour que je dois raconter ce périple, mais comme je vous l'ai dit, le temps d'écrire se trouve difficilement ces temps-ci. Revenons donc deux mois en arrière.

Après avoir sillonné le désert américain, nous sommes donc allé à Vegas... Autant vous dire que passer des paysages naturels, et préservés le plus plus possible de constructions humaines, à Las Vegas, Nevada, ah bah ça fait quelque chose !

Mais ce qui marque d'abord à Vegas, c'est la chaleur. Comptez 42° à 46° -- non c'est pas des Fahrenheit -- le jour, et à l'ombre. Pendant la première partie de notre voyage, on s'était pas mal plaint du temps. C'est vrai que des fois, il pleuvait tellement sur la route qu'on se contentait de voguer à 10 à l'heure, toute voile ferlée, le gouvernail en relâche. Bah oui, quand tu sens après deux virages que ta trajectoire ne suit qu'approximativement l'orientation de tes roues, tu ralentis. Et puis il faisait froid, mais ça c'est aussi parce qu'on est en altitude : quand le soleil n'est pas là, on sent vite le besoin de mettre un pull. C'est pour ça qu'en se dirigeant vers Vegas, déjà ça puait : le thermomètre montait de 1° F par cinq minutes de route. Nous sommes donc vite passés de 20°C à 45°C. Enfin, on était toujours à 23° dans la voiture. C'est juste qu'on voulait plus sortir en fait. On quand on le faisait on hurlait, on courait sur 10m pour prendre une photo (genre le Hoover Dam, au hasard) et on se rentrait vite fait dans la voiture.

Heureusement Las Vegas ça se raffraichit beaucoup la nuit avec... 38°. Celsisus. Autant dire que sans climatisation, y'a plus qu'à se trouver une corde et une bonne poutre. Devant la chaleur torride, une seule solution, s'engouffrer dans un casino, car rester sur le strip est une souffrance de chaque seconde. Une fois pénétré dans le casino... tant qu'on y est autant prendre un cocktail et claquer de l'argent non ? Avant toute autre stratégie marketing, je pense sérieusement que la clim' est le premier et meilleur argument de vente et pousse-à-dépenser des casinos. Enfin... ils en aussi ont pas mal d'autres !

Une rue typiquement parisienne : l'Opéra et l'Arc de Triomphe côte à côte.
Y'a même des travaux et des échafaudages, comme quoi ils poussent loin le réalisme !

Parce que les casinos de Las Vegas sont d'ailleurs absolument renversant. Bon d'accord tout le monde le dit. Et puis on sait qu'y a une pyramide et un sphinx, une Tour Eiffel à l'échelle 1/2. Certes, mais on imagine pas ce qu'il y a DANS les casinos. Du marbre, des tapis, des sculptures, des jardins, des fontaines,... partout partout partout. Dans Paris Las Vegas, on se promène dans des rues parisiennes pavées (malheureusement, et surement plus pour des raisons de poids qu'autre chose, les pavés sont en toc). Au Venetian, le premier étage peut se traverser en gondole dans les canaux ! Pas étonnant que les galeries commerciales des casinos soient les plus rentables du monde. Car il faut imaginer tout ça rempli de magasins, entre le franchement luxe de Lancel et les relativement cheap H&M sur des centaines de mètres de long, et des dizaines de mètre de large parfois. On y trouve aussi des places publiques en intérieur avec des fontaines du genre de la Piazza Navona, les terrasses des restaurants et des bars autour, et au-dessus de nous un faux ciel qui s'assombrit pendant la nuit. On est pas encore à Poudlard, mais ça en jette quand même !

Ça par exemple c'est un couloir typique du Caesar Palace.

Chaque nouveau casino visité montre comment il arrive à surenchérir sur les autres. C'est incroyable ! Le plus miteux des casinos de Vegas, on le met en France, bah on serait déjà baba devant. D'autant que le mauvais goût, s'il est présent par cette démesure, est largement compensé par un très impressionnant souci des détails. Bref, si vous allez à Vegas, ne vous inquiétez pas : à vous promener dans les casinos, sans dépenser le moindre centime vous occuperez bien deux ou trois jours, et vous vous en mettrez plein les mirettes. Nous, de notre côté, étions logés au César Palace. Et, boulette d'enregistrement oblige, ils nous ont fait poireauter une heure avant de nous donner une chambre. Pour nous dédommager de cette inconvenance ils nous ont donc surclassé. C'est à dire qu'on avait une suite deux fois plus grande que mon appart' (oui ça nous porte autour de 90m²), la salle de bain plus grande que mon salon. Mais surtout, les fenêtres donnaient directement sur le bassin du Bellagio et ses ballets aquatiques quotidiens ainsi que sur la Tour Eiffel et l'Opéra Garnier. Installés dans des fauteuils style empire, on aurait pu passer toutes les soirées là.

Vue sur le Strip depuis notre suite... ouais... ça claque.


 Admirez la concentration du joueur confirmé... Ça s'improvise pas la machine à sous !


Mais bon, in fine, Las Vegas, après 3 jours... 'tain ça saoule ! Et pas qu'au sens figuré... xD

jeudi 30 septembre 2010

French Touch

Beaucoup m'interpellent ces temps-ci. Apparemment vous lisiez ce blog avec attention ! Et cela fait chaud au coeur quand vous me demandez de continuer à écrire. Je vous remercie pour cela. Mais maintenant, je vais vous expliquer le pourquoi de ce silence.

funny pictures of cats with captions
Unrelated Picture

Non, cette image n'a effectivement rien à voir avec ce billet. Mais je la trouvais marrante.

Eh bien la raison du silence c'est tout simplement parce que, à Boulder, "français" ça se dit "awesome" [génial]. En effet, à chaque fois que je me présente, et que je dis donc "I'm french" à un moment où à un autre, ils/elles s'exclament "Wow, awesome!". Comme quoi on apprends des mots tous les jours ! Les autres Européens ne sont pas en reste, notamment les Espagnols et les Italiens, mais ils n'ont pas pour autant le droit à "awesome".

Vous savez que j'ai une certaine tendance à exagérer. C'est vrai : parfois ce n'est pas "awesome !", c'est "soooooooo cool !". Et il faut dire que la gente féminine a tendance à se montrer très girly en présence d'un français. J'ai eu droit récemment ah "No, for real ?! Oh you're kidding me ! FOR REAL ?!" [Non, pour de vrai ? Tu déconnes là ! POUR DE VRAI ?!]. Faut dire qu'une américaine déjà girly et en plus bourrée, c'est impressionnant à voir.

Mais mettez-vous dans la situation suivante... vous arrivez à une fête, où vous connaissez personne ou presque. On vous demande de vous présenter, et après 5 minutes, y'a une grappe de gens autour de vous à vous dire "that's awesome !" en boucle quand vous parlez de Paris et Toulouse (l'alcool aide beaucoup pour le côté "en boucle", je dois le reconnaitre). Et si tu te mets à leur sortir une liste de courses en français, ils sont époustouflés. Comme si tu leur avais lu du Baudelaire. Illustration de la situation :

- Hi buddy... what's the name and where are you from ?
 

- Hi, I'm Simon. I'm French.
:)

Bon certes, l'image n'est pas réaliste. En effet, ils sont bien plus démonstratifs que ça. Ainsi, je comprends le français moyen qui arrivant ici croit avoir trouver le paradis puisque tout le monde le trouve génial alors qu'il a à peine dit deux phrases. Et ça fait que du coup, les Français ici sont invités à beaucoup de soirées. En fait il est rare que nous n'ayons pas plusieurs fêtes en même temps les vendredis et samedis soir. Mais c'est aussi parce que la vie universitaire américaine est beaucoup plus animée qu'en France.. alors même pourtant qu'ils sortent très peu de chez eux sinon ! Un samedi soir, dans le centre de Boulder c'est en effet mort de chez mort. Cela fait partie de ces petits traits caractéristiques assez difficiles à comprendre de la société américaine, qu'en tant que français on peut penser comme étant contradictoires... voire hypocrites. Mais qui en fait est profondément logique et très naturel pour eux. On aura l'occasion d'en reparler.

Entre Frenchies, on est pétés de rire devant cette réputation que possède la France, on la joue "hard-to-get" à mort, et on s'étonne toujours de cette aimantation qu'exerce la langue française sur les Boulderates. Certes, les américains pensent, de façon assez générale apparemment, que la langue française est géniale. Je ne sais pas trop pourquoi, mais bon, ils adorent. Mais en plus, le Boulderate, avec son côté gaucho et écolo, il voit la France comme le pays du bonheur. Pas de frais d'université (enfin epsilon), pas de frais médicaux (ou presque), une énergie relativement propre. Ils adorent. Quand tu leur dis qu'on paye des impôts -- nous -- ils sont moins jouasses... mais disent qu'ils seraient prêt à les payer pour avoir de tels avantages !

Les Boulderates, ils aiment bien ce côté french dressing d'Obama ((c) Maksim-ThePeoplesCube)
[Un goût qui fait tellement socialisme à l'européenne que vous jureriez vivre à Paris]
[French Dressing = "Accompagnement/Sauce Français(e)" = vinaigrette]


Toujours est-il que, comme c'était mort cet été, j'ai du me faire plein de contacts différents dans Boulder pour conserver un semblant de vie sociale. Maintenant que l'université accueille de nouveaux ses 20 000 étudiants, tous ces contacts s'organisent des soirées bières, des fêtes, etc. Et ça prend beaucoup de temps. Donc ne vous inquiétez pas, je continue à écrire sur ce blog, mais je ne pourrai pas conserver le rythme d'antan.

M'enfin promis vous aurez un autre billet avant la fin de semaine. ;)

lundi 6 septembre 2010

De Americana Urbanitate 1

(trad : du savoir-vivre américain)

Dans cette série de billets, nous allons traiter de l'urbanité américaine, parce que ça aussi c'est un choc culturel. En effet, la plupart du temps les Américains sont des gens très polis et respectueux... et des fois, on a envie de les étrangler dans leur rustrerie. Et attention, je ne parle pas de mélanger les bières ou les vins, de ne pas comprendre qu'un babybel, c'est ptetre bon mais c'est pas du fromage, non. Je parle d'impolitesse brute et violente qui te donne envie, après qu'on te l'ai fait quelque fois de sortir le fusil 1942 de Brian.


Chapitre 1 : Bonjour

Oui, on commence par là. "Dis bonjour au monsieur, dis bonjour à la dame". En France, normalement quand on rencontre quelqu'un on lui dit bonjour. Si c'est quelqu'un de notre âge ou plus jeune, on peut se permettre un salut. Si on veut mettre plus de formes, on peut également dire "Bonjour Monsieur/Madame/Mademoiselle". Si on n'a aucune éducation mais qu'on veut draguer on dit quand même "Hey Mademoiselle" avant de dire "file ton 06". Bref, tout un chacun a connaissance de la notion élémentaire du salut avant d'engager une conversation.



Ici, ce n'est pas le cas.

"Hi" s'emploie bien évidemment très souvent, mais ne pas le dire se fait également. Ce n'est pas grave, car c'est alors remplacé par "What's up ?" ou affilié. Et d'ailleurs quand on se voit entre amis en France, on peut avoir également tendance à entamer tout de suite par un "Ça va ?". Mais bon, on le fait entre amis, ou alors dans des contextes sociaux particuliers genre soirée, ou de toute façon "bonjour" est dit par le demi-gramme d'alcool que nous partageons. Il ne me viendrait pas à l'idée de dire à une caissière de supermarché comme phrase d'ouverture "Ça boume ?". Mais après tout, ça c'est juste parce que les américains considèrent n'importe qui comme leur meilleur pote. C'est agaçant quand on est pas habitué, mais bon on s'y fait très bien.

Le problème c'est qu'ils ont aussi l'habitude de ne carrément rien dire. Dernier exemple en date... vendredi on toque à la porte de notre open-space. Je vais ouvrir, armé d'un sourire colgate. Un gars se tient devant moi et il me balance "Is Dave here ?". Mon sourire de vendeur de voiture s'estompe et je réponds "Hi !" de façon volontairement appuyée et avec un beau "h" aspiré. En Sarkozie -- pardon en France -- il n'y a qu'une seule réponse dans ce cas : "Pardon, bonjour, oui excusez-moi, désolé." Et attendre que l'autre esquisse un sourire indulgent et réponde à la question. Allez, on l'a tous fait au moins une fois, surtout quand on est pressé. Bon, là j'ai eu le droit à un deuxième "Is Dave here ?". Donc du coup, j'ai dit "No" alors qu'en fait il était là, et qu'il avait juste ses écouteurs sur les oreilles. Une sorte d'acte de vengeance, petit et gratuit mais jouissif.

Ce mec est-il un gros rustre ? Probablement. Mais il n'est pas impossible que personne ne le lui ait jamais dit ! Parce qu'ici tout le monde s'en fout royalement. Dire bonjour n'est pas important. Être poli n'est nécessaire qu'en conditions très formelles. Ainsi, dans l'open space, des gens peuvent rentrer et s'installer sans dire le moindre mot aux gens qui sont dans le bureau. Sauf les potes ! Qui viennent dire bonjour ! Mais les autres, ils font leurs autistes. Imaginez donc un mec qui rentre dans un open space, passe devant tous les autres sans rien dire, se pose à son PC et y reste jusqu'à midi avant de se barrer. Oui un autiste. Ou un gros rustre.

Bon c'est sûr que si on était dans ce cas, je lui jetterais pas la pierre au pauvre garçon !
Mais on n'est guère que 7 dans le bureau...

Maintenant, je conçois que l'habitude française, qui consiste à arriver au boulot à 9h pour prendre son café pendant 30min avec les collègues, puisse paraitre un brin excessive. Souvent les gens prétextent que du coup on bosse pas : c'est vrai. Enfin, en même temps, ici à l'université ils font du 9h-16h tous les jours donc bon... Et puis ne serait-ce que faire un salut de la main en disant "Hey" à 6 personnes dans la journée, c'est quand même pas la mort !!!

Bien sûr la même chose se passe pour "Au revoir". Ton voisin soudain se lève, zip son sac, et se barre. Non il revient pas, il s'est barré, c'est tout. Pour peu que tu aies eu tes écouteurs sur la tête, tu te rends soudain compte que tout le monde s'est barré depuis 2h : en effet, on est vendredi et il est 15h...

vendredi 27 août 2010

Take it, hold it, love it

J'ai déjà mentionné l'ami Brian. Je crois que c'est le premier Américain que je rencontre. Que l'on s'entende bien, techniquement je connais déjà plein d'Américains et d'Américaines. Mais bon, ils vont au boulot en bus ou en vélo, conduisent des voitures de moins de 6m de long, trouvent qu'Obama est trop à droite, étaient contre la guerre en Irak (qu'ils savent placer sur une carte), trient leurs déchets et ne mettent la clim qu'en cas d'extrême nécessité. Et puis ils sont contre la possession d'armes à feu, ou alors pour la réguler vachement plus que maintenant.

Brian suivrait presque ce modèle... si seulement il n'était pas fan des armes à feu. J'ai donc profité d'une soirée bières pour faire mon éducation sur les armes à feu. Eh oui, les jeux vidéos ça suffit pas à tout comprendre dans ce domaine. Il faut un peu pratiquer.

J'ai donc eu droit à une présentation en règle de tous ses fusils. Il a commencé avec un Mauser 98K 1942, qui est toujours sous son lit. Eh oui, au cas où quelqu'un vient le voler ou l'assassiner. Je vous l'ai dit : il est Américain. Le genre de fusil qu'est le Mauser 1942 est encore un truc que j'arrive à envisager comme arme "personnelle": il n'y a guère que 5 balles, et bon ça peut passer pour une arme de chasse. C'est un fusil de guerre en fait, et ça perce a peu près n'importe quel gilet civil, et bien sûr toutes les petites têtes des enfants qui se trouverait alors dans le feu croisé mais bon...

Das Mauser 98K
On dirait un jouet. Et bah c'est qu'une impression.

Alors bien sûr, règle n°1, la sécurité. Ne jamais manipuler une arme chargée. Sauf pour faire sauter le caisson du voisin bourré qui se trompe de maison, mais ça c'est autre chose... Donc il a vidé les balles du fusil, en me montrant comment faire : c'est marrant c'est comme dans les jeux vidéos, tu recules en tournant la culasse et hop ça saute. Hum... Bref. Et il m'a dit que, bien sûr, il faut aussi que je vérifie moi-même toutes les armes qu'il me donne. Et comme je ne sais pas manipuler une arme, il n'est pas question que j'en touche une qui soit chargée. Déjà, ça j'en étais convaincu, mais c'est bien on était deux sur le coup ! C'est vrai qu'un fusil c'est quand même super lourd. Ne serait-ce qu'à m'imaginer crapahuter dans la boue, la neige, en portant ce machin à bout de bras, j'étais exténué. Donc j'ai appris à le porter correctement, à viser, à enclencher la sécurité ou non, à armer, à tirer, à éjecter la douille, mais toujours sans vraie balle. Bref, c'est bon, maintenant je peux tuer un ami qui veut me faire une surprise.

On est censé se sentir puissant avec une arme dans les mains, "dit-on". Pour ma part, je me trouvais essentiellement très mal à l'aise : j'avais peur du machin que je tenais dans les mains, même si j'étais sûr à 99,99999% qu'il n'y avait aucun danger. Donc moi quand je faisais mes exercices, je visais quand même son lit histoire d'amortir au cas où une balle se serait "quantiquement" glissée dans la chambre. Sur ce, règle n°2 de Brian : toujours respecter le bestiau, toujours imaginer qu'il est chargé. Je dois reconnaitre que Brian place la sécurité avant toute chose... enfin quand même après le fait de posséder 4 ou 5 flingues différents chez soi.

Ensuite j'ai vu ses 3 autres fusils, je sais plus lesquels c'était. Mais c'était pas les même balles, et puis certaines étaient à pointes creuses, d'autres anti-blindage, je m'attendais presque à voir la boite à grenades d'une minute à l'autre. Pense-t-il sérieusement qu'il va peut-être subir l'assaut d'une infanterie mécanisée blindée au point qu'il lui soit utile de prendre ce genre de munition ? Non, mais cela correspond à une peur primaire américaine : bon, on a tous nos dissonances cognitives hein...

Et puis, on a arrêté les fusils, on est passé au shotgun. Alors, j'avoue, ça c'est marrant. Bon, il y a toujours cette sensation bizarre qu'on touche quelque chose d'interdit (certes pas ici) et de vraiment très dangereux. Mais le sourire débile qu'on affiche, quand on entend le "shrik-shrik" en armant, compense de loin. Bien sûr moi j'armais avec la main gauche, en tenant la crosse avec la droite : ça c'est le mode classique,"by-the-book" [trad : comme dans le manuel], car tu peux toujours essayer le mode Terminator 1, en secouant de haut en bas une fois en le tenant par la garde (le truc qui bouge). Et y'a le mode expert, donc Terminator 2, ou tu laisses légèrement tomber ou au contraire tu l'envoies vers le haut, et puis tu fais tourner à la verticale en tenant toujours par la crosse. Tout dépend de la façon dont le mécanisme fonctionne (vers soi ou le contraire).

Souvenirs, souvenirs... de l'époque ou j'étais anti-terroriste du GIGN ou terroriste colombien.
J'adorais le shotgun (dit couramment "le 2-1").


Dans une semaine, on devrait aller au stand de tir. Fred insiste pour que j'aille tirer sur des cibles. C'est peut-être l'unique occasion que j'aurai dans ma vie de tirer avec des armes à feu donc autant en faire l'expérience. Et puis ce sera toujours une bonne préparation pour l'éventuelle invasion de zombies post-2012 !

To be continued, then.
[trad : à suivre]

mardi 24 août 2010

La phrase mythique

Déjà excusez-moi pour le goutte à goutte de ces billets ces temps-ci, mais entre les CV, le boulot, la rentrée et les disons "à-côtés" y'a pas des masses de temps. Mais contons donc à présent une nouvelle épopée du sieur Godet au Nouveau-Monde. Cette épopée s'intitule la quête de la phrase mythique. Attention je vois un peu trop de Kaamelott en ce moment, ça déteint peut-être un poil sur le billet...

Tout commence avec une bière. Pas dégueue, typique du Colorado, une jolie brune sans mousse -- comme toutes les bières ici, à se demander s'ils ont jamais pensé à mettre des bulles ailleurs que dans du Coca -- avec un petit goût de caramel sympathique... Le genre de bière qu'on en boit pas qu'une, sinon on est triste. La bière n'est pas tellement le sujet de cette quête, mais c'est elle qui va faire basculer une simple opération piscine-soleil-bières en aventure extraordinaire. Il me fallait l'introduire.

Piscine-soleil-bières, c'était donc le plan de dimanche après-midi. En effet, le seigneur Mac, dit "Le Chevalier à la Casquette" est venu me chercher sur son fringant destrier -- c'est à dire dans une chevrolet genre 406 -- pour qu'on aille gentiment se miner le tronc chez seigneur Fred, dit "Le Chevalier Brésilien". En effet, Fred le Brésilien, possède un magnifique château au sud de Boulder, dans le plus pur style américain : doit y'avoir 500 baraques dans ce machin et elles sont toutes RIGOUREUSEMENT identiques : dans le genre gestion de process et réduction des coûts, les mecs on voit qu'ils ont bossé leurs cours ! M'enfin si t'es bourré, bonjour le drame. Besoin de faire 500 baraques avant de pouvoir pioncer... Surtout que si t'as un appart qu'est au premier étage de ces maisons, tu peux facilement te gravir tes 1500m dans la soirée ! En même temps, boire de l'alcool c'est mal ! Donc bon... Et puis comme c'est au milieu de rien tu rentres forcément en bagnole -- enfin à moins de vouloir en plus te la jouer survivor sur 25 miles -- c'est une sorte de mesure anti-alcoolisme à l'américaine.

Mais du coup, comme y'a rien autour, y'a de la place dedans ! Et donc les promoteurs, ils t'ont construit une piscine bien sympatoche au milieu de ces "condominiums" (marrant qu'ils aient gardé l'appellation latine ces Américains quand même ! Et dommage qu'ils aient zappé la déclinaison, d'habitude ils les respectent).

Des condos typiques du Colorado.
C'est joli, mais sans voiture, heureusement qu'y pas de poutres apparentes !

Le plan initialement c'était barbecue-piscine-soleil-bières. Le barbecue a vite été torché. Littéralement vu que les tuyaux d'alimentation de gaz étaient mal vissées et que ça fuyait le butane à plein régime. Donc bon, nous, pas dingues, on a juste cuit un ou deux bœufs et cinq cochons -- histoire d'avoir un apéro décent -- et puis on a appelé un responsable pour qu'il s'occupe de mourir à notre place en tripotant le machin. Après, on est allé à la piscine et on l'a joué Perceval et Caradoc, dans l'eau jusqu'au torse. Nous étions bien d'ailleurs plus nombreux que ces deux compères ! Parce qu'outre le seigneur Mac et le seigneur Fred, y'avait le seigneur Boris dit "Le Chevalier au Yaourt"*, le chevalier Brian dit ... gardons ça pour plus tard et enfin la dame Grace, damoiselle du Chevalier à la Casquette.

Depuis que je connais ces larrons, j'attends avec impatience de pouvoir exécuter un plan machiavélique et libérateur. Nous sommes alors chez Fred. Comme nous finissons nos bières, Brian s'éclipse, pour en chercher d'autres au frigo... D'un trait je m'approche de Fred, et lui pose la question... Mais non je l'ai pas demandé en mariage ! Enfin bon Fred répond par une syntaxe inappropriée, ça n'a pas marché. Un autre espoir ? Mac va encore me répondre avec 4 mots d'argot**, ça marchera pas, et Grace est introuvable. Mais il reste Boris, qui a bien vu où Brian s'éclipsait. Et je peux alors m'exclamer de nouveau :
- Boris, where is Brian ?
Et là, littéralement, le Graal, sans aucune déformation :
- Hm, Brian is in the kitchen.

BAM !!! Nailed it ! Ahah who's your daddy ?!

You did it man !

Il m'a fallu toute ma contenance pour ne pas hurler de joie et mettre un terme à ma vie sociale boulderate. Déjà que j'avais posé la question de façon extatique... J'ai donc simplement profité de l'occasion pour finir la bière, faire un petit clin d'œil à la caméra, saluer le retour de Brian, désormais dit le "Chevalier dans La Cuisine", et faire marcher à nouveau le décapsuleur.



* il est bulgare... ... ... désolé...
** la dernière expression américaine en date qu'il m'a apprise : "I'm out like a boner in sweatpants". Ça veut juste dire qu'on sort, avec enthousiasme ou énergie, bref on sort et on le montre. Pour vous figurer l'image (warning, c'est pas fin)... des sweatpants, c'est un pantalon de jogging. Un boner, c'est une érection. Ouais... quand il l'a dite j'étais écroulé !

dimanche 15 août 2010

Et ça repart !

"Et bien me voilà !"

Retour d'un road-trip de vacances qui se voulait reposant et qui se révéla éreintant. Ces dix jours ont été de forts moments d'émotions. A l'assaut du sud-ouest américain, on réalise vraiment combien les Etats-Unis sont un pays définitivement "exotique".

Notre petit trip de 10j (l'itinéraire est ici)

Entre la démesure de la nature et celle de l'être humain -- la seconde probablement façonnée par la première -- il est difficile de résumer ces expériences sur un blog. Ou plutôt, je ne sais pas le faire. Je ne développerai donc pas longtemps paragraphes sur paragraphes à conter les paysages. Je me contenterai de laisser quelques photos, dont je placerai le lien ici, dès que je les aurais "picasées". Et encore... les photos ont -- pour l'instant encore -- le défaut d'être en 2D, et le Grand Canyon y parait une sorte de petite fa-faille tout mignonne gentiment dessinée sur le plateau du Colorado. On n'arrive pas à voir les 20 kilomètres qui nous séparent de l'autre rive, ni les 2 km de dénivelé jusqu'au fleuve. Ni les 75km de distance de terre qui nous séparent des collines que l'on devinent au loin, et qui ne s'impriment pas sur l'argentique numérique de nos appareils photos, incomparable à nos yeux.

Mais pour vous dire ce que l'on ressent devant les paysages américains... Généralement, chaque fois que l'on passe une colline on balance une exclamation ou un juron. "La vache !", "Tudiou" ou "Sa mère" pour les plus polis d'entre eux. Et finalement, l'impression se résume souvent par "Devant, ça a l'air loin". Et ça l'est. Pourtant la rotondité de la Terre est la même partout*, et nous aussi on a des montagnes. A Toulouse, on les voit bien les Pyrénées, alors ? Je ne sais pas... Ça n'a rien à voir, c'est tout. Peut-être le fait que ces paysages soit nus, dépourvus de toute construction humaine -- à part bien sûr ces énormes poteaux électriques qui n'auraient pas fait long feu eût-on disposé d'une hache sous la main. Mais bon, poteaux ou pas, cela en met plein les yeux.

Ou plutôt "Ce n'est pas tant que ça t'en mette plein les yeux, c'est que ça t'en met plein l'âme".


Photographie de 1909 retrouvée par hasard au Grand Canyon
La première promotion de Supaéro s'était alors invitée au Colorado


* le premier qui me sort que ce n'est qu'une approximation, il prend une baffe.

mercredi 28 juillet 2010

Une petite pause

Coucou les amis,

Un petit message pour vous dire qu'en raison de la venue de mes géniteurs, et le fait que je vais partir avec eux à l'assaut des rocheuses et du désert, je ne vais pas mettre à jour ce blog jusqu'au 10 août environ.

Mais plein de billets sont déjà en préparation avec notamment "Les chiottes de l'ingénieur" et "Géométrie boulderate". Alors... restez postés !

lundi 26 juillet 2010

Tout ça pour un sandwich ?

Boulder, ça veut quand même dire "grosse caillasse" en anglais. Si l'on regarde à l'est, on comprend pas trop. Mais quand on se tourne à l'ouest, alors on voit bien pourquoi la ville porte ce nom. Les Flatirons ("semelles de fer à repasser" pour rappel) dominent en effet largement le paysage Boulderien et les Rocheuses s'imposent au-delà, avec encore aujourd'hui de la neige sur les plus hauts sommets. En fait le seul truc qu'il manquerait à Boulder pour le rendre son paysage encore plus "awesome" (trad : "cool" :p) c'est la mer. Et tout le monde le sait bien ici, aussi certains artistes se sont laissés aller à imaginer le "awesomer"*.

Boulder, California

Vous ne pouvez pas voir les détails sur cette mauvaise photo, mais la ville de Boulder y est très bien représentée, tout juste coupée au sud après l'université. On y distingue même l'Engineering Center ainsi que les autres principaux bâtiments de l'Université. Et j'avoue : ça claquerait sa mère wesh !


Il y a deux semaines, j'étais parti biker dans cette belle contrée. Ne pas comprendre chevaucher une Harley Davidson mais plutôt monter en selle sur mon vélo premier prix qui vaut -- et neuf ! -- moins cher que les accessoires qui l'ornent (lumières avant et arrière, panier, chaîne antivol, puce électronique et bien-sur mini-bar). Avec dans l'idée de monter quelques centaines de mètres, histoire de surplomber le Boulder County.

J'avais remonté le Boulder Canyon Drive, qui comme vous l'avez deviné serpente dans le... Boulder Canyon. J'avais ensuite essayé de passer de cette route à une autre route, malheureusement il y avait des propriétés privées partout et je n'avais pas envie de recevoir du calibre 22 dans les fesses pour avoir odieusement roulé sur les terres d'un fermier boulderate. J'avais donc rebroussé chemin, et le temps n'aidant pas, j'avais été forcé d'écourter ma balade sans avoir véritablement grimpé quelque chose -- et ce contrairement à ce que disait mes cuisses qui objectèrent d'ailleurs furieusement les jours suivants.

Mais j'avais déjà eu l'occasion de voir de bien belles choses. En effet, j'ai pu contemplé THE Boulder, le rocher qui donne son nom à la ville. C'est effectivement un bien beau rocher. Jugez plutôt :

Boulder's boulder's boulder.
(trad : Le rocher de Boulder est un rocher)

Mais également au programme, j'avais pu contempler d'étranges sculptures sur l'eau. Une preuve certaine de l'existence d'extra-terrestres à Boulder, Colorado.

Les pierres aussi ont le droit de faire du yoga dans la Boulder Creek

Mais bon, je ne voulais pas suivre les routes. J'ai voulu tracer mon chemin. Aller plus haut, aller plus haut. Où l'on oublie ses souvenirs. Aller plus haut, aller plus haut, se rapprocher de l'avenir. Allez tous en coeur !!! Hum...

Donc je voulais gravir le Mont Audubon. John-Jack Audubon, c'était un frenchie, encore un. Il a étudié plein d'oiseaux et il adorait ce pays. Donc les Américains l'honorent à plein d'endroits, un mont par-ci, une fondation par là. Alors pourtant qu'il a jamais mis les pieds au Colorado. Mais faut bien donner des noms... :p Le Mont Audubon, c'est déjà une belle bête puisqu'il culmine à 13223 pieds, soit 4030 m. J'ai proposé ça au labo, mais ils ont tous trouvé des excuses pour se défiler. Seul Fred a accepté le challenge.

Nous sommes donc partis à deux Samedi matin, vers 8h, pour vaincre le géant. Et alors que je sors juste de chez moi, je vois ça :

WTF ?!

Un cerf se promenait tranquillement sur mon parking, à brouter les feuilles comme si de rien n'était. J'étais habitué maintenant à voir des écureuils tous les dix mètres, des ratons-laveurs le soir, et même des moufettes, sans parler de la tripotée de souris et de mulots. Mais le cerf dans le parking c'était une première. Pour ceux qui pense que c'est photoshoppé voilà une vidéo de la scène. Je rappelle que mon appareil photo a un zoom quasi-inexistant.


Avec Fred, on a regardé l'animal sans y croire pendant quelques temps, puis on a finalement décidé de mettre pleins gaz vers le Lac Mitchell, notre point de départ vers Audubon. Nous sommes arrivés assez tard, et nous avons dû garer la voiture à une borne du point de départ de la piste, car la région est assez touristique. Nous allons emprunter le chemin quand nous tombons sur un panneau terrifiant, indeed :

Un lion des montagnes, ça n'est jamais qu'un gros chat, hein... enfin... quand même...

Mais bon, nous avions chacun laissé nos dernières volontés dans la voiture donc nous serons en paix avec nous-mêmes, le cas échéant où un troupeau de cougars (rrrrrrrrr !) nous tombait dessus en pleine ascension. Et puis nous avons également chacun un couteau (bon moi c'est un couteau à bout rond, mais hey on fait ce qu'on peut). Nous commençons donc la grimpette des 1000 derniers mètres, puisque c'est à peu de choses près le dénivelé du sentier.

Inutile de vous dire que c'était absolument magnifique. Je ne peux pas mettre toutes les photos ici mais de toute façon, ce ne sont pas des expériences qu'on résume avec des photos. Imaginez simplement un sentier qui commence entre les pins, qui serpente gentiment avant d'exposer les premières montagnes alentours, gentiment grignotées par les nuages, quelques mille pieds en dessous de vous. Et encore, ce n'est que le début. Car cela grimpe comme ça sur environ 200 mètres de dénivelé, tout doucement. Ensuite, on marche à découvert sur un sentier qui s'assimile de plus en plus à un vague tracé sur un tas de cailloux. Au bout d'environ 750m de dénivelé on atteint la base du Mont Audubon, à proprement parler.

Le panorama à mi-parcours. On pourrait s'arrêter là non ?
(cliquez-moi pour voir les détails)

Mais qu'est-ce que le Mont Audubon ? C'est avant-tout un gros tas de cailloux. Littéralement. L'appellation "les Rocheuses" ne m'a jamais semblé aussi criante de vérité. Les plus gros blocs font peut-être un mètre de diamètre, les plus petits sont des galets. Et il n'y a plus de sentier ! Il faut grimper -- escalader serait plus juste -- les derniers deux cents mètres comme un grand. Avoir couru sur les rochers des plages bretonnes dans sa jeunesse, ça aide. J'ouvre ainsi la trace, testant chaque rocher, chaque prise, car Fred est hésitant. Il faut dire que c'est difficile. Depuis 1/2h nous avons mal à la tête, et je pleure désormais à chaudes larmes. Non par pour l'émotion, du tout, mais par réaction physiologique à l'altitude et la sécheresse. Arrivé à mi-parcours cependant, nous faisons la rencontre tant redoutée : un animal sauvage se dresse devant moi, à quelques mètres à peine, et me crie dessus.

The Vorpal Marmot
(trad: la marmotte vorpale(=tueuse), en référence au lapin des Monty Pythons)

Le petit être est bien courageux car il m'a tenu tête alors que j'étais à moins d'un mètre cinquante. Sa maison se trouve probablement juste sous le gros caillou. Nous continuons donc sur les derniers mètres... et en fait il en restait encore vingt derrière... puis encore quinze. Ça n'en finit pas. Mais une fois arrivé tout en haut, c'est l'exultation. Nous dominons toutes les montagnes immédiatement aux alentours et avec peut-être 20km de visibilité le panorama est ahurissant. Il est 13h30 nous en profitons pour grailler. Et j'ai bien sûr amené un saucisson !**

Le Frenchie déguste son saucisson. 
(mon béret et ma baguette sont hors-cadre)

Nous restons là une demi-heure. Nous aimerions rester plus longtemps mais les nuages qui montent vers nous du nord ne m'inspire guère. Et redescendre les rochers ne va pas être facile. Je me rappelle de mes souvenirs de météorologie en pilotage concernant la montagne "La seule chose dont tu peux être sûr en montagne, c'est que ça peut toujours partir en sucette en moins de dix minutes." Nous écourtons donc la pause et nous descendons, au moins histoire de ne pas avoir à redescendre la pile de caillasses sous la pluie ou la neige. Quand même, c'était agréable, là haut...

Parce que Supaéro, ça laisse des habitudes...

Et pourquoi avons-nous gravi cette montagne ? Bien sûr pour la découverte, la liberté, etc. Mais aussi parce que nous allons avoir un sandwich gratuit ! Toute photo sur un mont assez élevé de la région donne un repas gratuit dans une sandwicherie de la colline de l'Université.

Donc... tout ça... pour un sandwich ?




* A ceux qui pense que c'est une faute : oui c'est vrai, mais tout le monde parle comme ça ici !
** Une saucisse sèche italienne. Plus proche d'un chorizo que d'autre chose.